Histoire de l’oubli par Stefan MERRILL BLOCK (2008)

4ème de couverture : Impressionnant premier roman d'un jeune auteur de vingt-six ans, Histoire de l'oubli raconte, des années 50 à la fin des années 90, l'histoire d'une famille frappée de génération en génération par une forme précoce de la maladie d'Alzheimer. Seth, un adolescent surdoué, conscient que ses parents lui ont toujours caché les secrets du passé familial, se lance dans une véritable enquête sur ses origines. A quelques centaines de kilomètres de là, Abel Haggard, un vieil ermite bossu, ne vit plus que de souvenirs, attendant le retour de sa fille dont il n'a plus de nouvelles depuis plus de vingt ans. Et si la rencontre improbable de Seth et Abel parvenait à rompre l'engrenage de la malédiction? Fait de tragédie mais aussi d'humour et d'espoir, un grand livre plein d'émotion, qui ne vous lâche pas.
3ème coup de cœur 2009 !
Et je remercie infiniment Ys qui a décelé le potentiel de ce livre vers lequel je n’aurais jamais fait un pas en raison du sujet. En effet, les « longues » maladies ou les maladies neuro-dégénératives sont des sujets que j’ai vraiment beaucoup de mal à aborder sans être émue aux larmes.
Le thème abordé ici, une variante de la maladie d’Alzheimer (variante qui n’existe pas en réalité), est certes plombant mais traité de manière très aérienne, poétique. La tristesse ne disparait pas, comment pourrait-elle ? Mais il n’y a aucun voyeurisme, aucune sensiblerie.
La structure du roman fait alterner le récit de Seth, adolescent dont la mère est atteinte d’Alzheimer familial, et celui d’Abel, un vieil homme vivant en ermite. Le roman se termine à leur rencontre et la découverte de ce qui les lie l’un à l’autre.
Après chaque paragraphe, s’intercale l’histoire d’un pays merveilleux, Isidora, au sein duquel l’oubli règne et par-là même, le bonheur.
« -Rien, elle n’a rien. C’est juste que son corps est encore parmi nous, alors que son âme est déjà à Isidora. »
Malgré son jeune âge, Stefan MERRILL BLOCK ne tombe pas dans l’écueil du voyeurisme et parvient, avec de très jolies phrases, à nous émouvoir sans alourdir le côté dramatique de son récit.
« Les larmes me montèrent aux yeux. La maison de Cara devint un Monet. »
La belle histoire d’Isidora, l’ingénuité, la pureté des sentiments de Seth, la beauté triste du destin d’Abel, tout cela a contribué à mon coup de cœur pour ce livre.
Le personnage de Seth m’a évoqué le petit Oskar de Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan SAFRAN FOER. Comme lui, armé tout juste d’une liste et de son envie (son besoin) de savoir, il part en quête de la vérité et questionne un à un les personnes dont les noms figurent sur sa liste. Il ne se décourage pas et sait, dans sa confiance absolue en son destin, qu’il trouvera l’objet de sa quête.
Le pays d’Isidora, quant à lui, m’a souvent évoqué l’Hôtel Existence du roman Brooklyn Follies de Paul AUSTER, un endroit où l’on serait heureux, sans toutes les misères et turpitudes de la vie quotidienne. Isidora, sans mémoire, serait l’Hôtel Existence des malades d’Alzheimer.
« Parfois, c’est comme si le mythe du péché originel avait été exprès remanié pour être joué dans notre petite ferme à l’intention d’un public contemporain. […] La grande tragédie de ma vie symbolise toutes les souffrances à venir de l’humanité. »
« Ou fallait-il lui expliquer que, à présent qu’il était là, il n’y avait plus rien à dire, qu’il n’y avait pas de morale à tirer, qu’il n’y avait que le fait, absurde, de notre existence. »