Les lits en diagonale par Anne ICART (2009)
"Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !
Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici."
Présentation de l'oeuvre
« Je préfère la photo où tu me serres dans tes bras. On a l'air de s'aimer à la folie. On s'aime à la folie. » De l'enfance à aujourd'hui, l'histoire bouleversante d'une petite sœur « normale » et de son frère « pas comme les autres ».
Il a cinq ans de plus qu'elle, ils dorment dans la même chambre, leurs lits en diagonale, et il est son grand frère adoré, son héros. Anne a à peine sept ans - « l'âge de raison » - quand sa mère lui dit que Philippe est malade, et qu'il ne guérira pas. Elle ne comprend pas tout, elle est trop petite, mais elle reçoit l'essentiel, de plein fouet : elle comprend qu'il faudra toujours veiller sur lui. Ne jamais le laisser seul. L'aimer plus fort que les autres. De ce jour, elle va grandir le cœur accroché à son frère, « son héros aux ailes brisées », handicapé mental à cause d'une césarienne faite trop tard lors de sa naissance.
Comme des instantanés ultrasensibles de leurs vies, les souvenirs affluent, mêlant passé et présent, parfois cruels et douloureux, le plus souvent tendres et joyeux, voire cocasses. Et avec eux des sentiments extrêmement forts, le désir sauvage de protéger, la honte, le remords, la rage impuissante, la culpabilité, la peur, la difficulté à construire sa vie à soi, à aimer d'autres hommes - mais surtout l'amour, cet amour plus fort que les autres. « Personne ne peut imaginer comme je suis nouée à toi ; même pas moi » : c'est ce qu'elle raconte ici, de leur enfance dans les années 1970 à aujourd'hui où « tout va bien », parce que le regret de ce qui aurait pu être a laissé la place à l'acceptation de ce qui est vraiment.
Portée par une écriture lumineuse, l'émotion vous prend dès les premières pages et vous mène d'une traite jusqu'à la dernière ligne de ce récit aussi fort que bref : c'est rare.
Présentation de l’auteur
Ariégeoise de cœur mais Parisienne depuis toujours, Anne Icart est née en 1968. Elle exerce la profession de rédactrice juridique. Les Lits en diagonale, son premier livre, a déjà été vendu, sur manuscrit, en Italie et aux Pays Bas.
Caractéristiques
Broché: 162 pages
Editeur : ROBERT LAFFONT (20 août 2009)
Merci à Ulike.net et aux éditions Robert Laffont qui dans le cadre de la Rentrée Littéraire 2009 m’ont permis de lire ce court roman, qui ressemble fort à une autobiographie à mon sens.
C’est un roman français dans l’air du temps, me semble-t-il, plutôt introspectif.
Le récit, clairement dédié au frère de la narratrice, est entièrement écrit à la 2nde personne du singulier, ce qui ancre le lecteur dans le récit en lui donnant l’impression d’être directement concerné, interpelé.
Emporté par la narration chronologique, le lecteur suit l’évolution d’Anne, de sa naissance à ses 40 et quelques années, évolution qui ne se fait qu’en fonction de l’existence de son frère Philippe, handicapé mental léger. Toutes ses relations sociales, amicales ou amoureuses dépendront de son rapport à son frère, de l’attachement indéfinissable et indéfectible qu’elle lui voue.
Le 1er paragraphe du livre en est assez représentatif : « J’ai quitté Thomas le lendemain de mes trente ans. […] Et je n’aimais pas la manière dont il te regardait. La manière dont il ne te regardait pas. »
Cependant, j’ai trouvé que la qualité du récit n’était pas toujours égale.
J’ai parfois éprouvé un ennui extrême, par exemple lors des réminiscences de souvenirs de vacances un peu nombreuses, et quelques pages plus loin, une très forte émotion, notamment lors de la description du désespoir de leur mère face aux obstacles rencontrés par son fils et contre lesquels elle ne peut pas le protéger.
Je dois reconnaitre à Anne ICART que l’on sent une véritable sincérité loin de toute sensiblerie. Là où le sujet aurait pu être traité de manière larmoyante, elle emploie un ton franc, sans chercher à attendrir ou à faire pleurer le lecteur sur son sort.
« Que j’accepte de me dire que ma vie n’est pas un chemin de croix et qu’elle n’est finalement pas si mal. […] Je suis juste un peu plus compliquée que les autres à cause de toi. Et alors ? »
Anne ICART raconte son histoire. Tout simplement. A chaque lecteur d’être touché (ou non).
