Le coeur lourd par Elizabeth TAYLOR (1976)

4ème de couverture : Le regard d'Elizabeth Taylor sur la vie, les autres, elle-même, les défauts et les mesquineries ordinaires, est dans ce dernier roman encore plus impitoyable, mais aussi plein de compassion. Tendresse, lucidité, ces mots conviennent au personnage d'Amy - tendresse pour ses deux petites-filles merveilleusement précoces, lucidité cruelle dans ses rapports de veuve avec son entourage, avec Martha surtout, la jeune romancière américaine rencontrée lors d'une croisière en Turquie, qui l'a aidée quand son mari est mort. Les fils des existences de tous les personnages semblent inextricablement entremêlés, et pourtant personne ne voit arriver la tragédie.
Ici encore, Elizabeth TAYLOR nous offre 2 magnifiques portraits de femme, avec chacune ses forces et ses faiblesses, la plus fragile n’étant pas forcément celle que l’on pense.
Il y a d’abord Amy, veuve depuis peu (le roman débute d’ailleurs avec le décès de son mari pendant leurs vacances en Turquie).
Une fois sans son mari, vers lequel tendaient toutes ses intentions, tous ses gestes, Amy reste désemparée. C’est une femme qui se soucie peu des autres, qui préfère d’ailleurs que l’on ne s’occupe pas d’elle. Elle aimerait aider au bien-être de son entourage mais ne puise pas en elle l’envie ni l’énergie nécessaire pour le faire puis elle le regrette.
L’épitaphe qu’elle voudrait voir graver sur sa tombe (nous l’apprenons au détour d’une conversation entre Amy et Martha) est très éloquente : « Elle voulait bien faire. »
Quant à Martha, une romancière américaine rencontrée lors de ce malheureux voyage en Turquie, elle est fascinée par Amy, qui représente l’Anglaise typique selon elle, c’est-à-dire tout l’opposé de sa propre personne.
Martha, aux yeux d’Amy, est exubérante, égoïste et totalement centrée sur elle-même. Amy lui en veut secrètement de l’avoir aidée lors du décès de son mari et de l’avoir ainsi placée en position de lui devoir de la reconnaissance.
Par respect des convenances, elle va donc rester en contact avec Martha et petit à petit, va s’établir entre elles une relation ambigüe : pour Martha de l’amitié et pour Amy une obligation.
C’est un roman tout en finesse, qui nous amène subtilement vers une fin que l’on n’aurait pas soupçonnée.