De Niro's Game par Rawi HAGE (2008)
4ème de couverture : Liban, début des années 1980. Campé dans un Beyrouth dévasté par les bombes, 'De Niro's Game' est une odyssée chaotique, écorchée et haletante, une plongée vertigineuse au coeur de la guerre civile et de ses folies. A Beyrouth-Ouest, Bassam et Georges, deux amis d'enfance, tuent leur ennui et leur mal de vivre à coups de petits boulots minables, de maigres larcins et de soirées trop arrosées. Les jours se suivent et avec eux les alertes, les morts, les immeubles en ruines. Les filles sont difficilement accessibles, muselées par les traditions et les couvre-feux. Entre deux visites aux copains de lycée engagés dans la milice, les deux jeunes gens s'imaginent coulant des jours meilleurs : Bassam rêve de fuir à l'étranger, et Georges, lui, se sent de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne.
Dans un ultime défi, les deux amis décident de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille. Mais l'argent seul suffira-t-il à les éloigner de la guerre et à sauver leur amitié ?
Porté par une écriture sans concessions, le premier roman de Rawi Hage annonce, au-delà de la puissance du récit, l'avènement d'une nouvelle voix.
J'ai un sentiment partagé en terminant ce roman.
La 1ère partie m'a beaucoup plu. L'écriture est quasi hypnotique avec le nombre 10.000 qui revient tel un mantra pour rythmer le récit : "10.000 bombes", "10.000 baisers", "10.000 bombes"...
L'horreur de la guerre est partout, cette guere avec laquelle les habitants de Beyrouth ont du apprendre à vivre : murs défoncés par les bombes, enfans qui courent au milieu des bombardements, morts quotidiennes d'un proche, d'un voisin, d'un ami.
L'écriture est particulièrement dense : par la description d'un simple objet, l'auteur fait resurgir des souvenirs, des émotions. Chaque scène devient le récepacle d'une histoire :
"Je lui ai donné mon certificat de naissance avec mon âge, mon lieu de naissance et celui de mes ancêtres, la couleur de mes yeux, ma religion et une photo de moi en train de sourire au photographe arménien, les yeux tournés vers son appreil photo 4 x 5 bien-aimé, apporté de Russie par son père qui l'avait sur lui pendant la traversée du désert de Syrie, alors que des jeunes Turcs massacraient ses cousins sur le pas de la porte, visaient les grandes croix de leur fusil et tuaient toutes les chères en gueulant des hymnes à la gloire de la modernité."
Cet environnement cataclysmique, Bassam et Georges (surnommé De Niro) ont appris à vivre avec, ce sont des voyous, des débrouillards qui n'ont pas peur de voler, de tuer, de se venger...
Paradoxalement, les liens d'attachement sincère sont sublimés parmi de telles horreurs.
Mais le destin fait son oeuvre et les chemins des 2 amis se séparent : De Niro reste au Liban (on ne saura qu'à la fin du roman ce qu'il est devenu) et Bassam arrive à Paris.
Là mon intérêt a diminué, j'ai décroché. L'écriture est toujours aussi dense mais le cadre ne s'y prête plus. Et puis, trop d'intensité à force, ça devient juste pesant.
On se rend compte que Bassam n'est pas sauvé, loin de là. Il a toujours la guerre en lui. C'est flagrant, alors qu'il a échappé à la guerre, il arrive à la limite de la schizophrénie, conçoit chaque instant de sa vie comme un champ de bataille.
"Non Bassam, les chambres de torture, elles sont en nous."
Il y a de la noirceur tout au long de ce roman mais la dernière phrase sonne comme une note d'espoir. A chacun de voir si il a envie d'y croire (personnellement, je n'y ai pas cru pour les personnages de ce livre, trop abîmés).
Merci à Violaine de Chez les filles pour la découverte de ce roman et de cet auteur.