Le magasin des suicides par Jean TEULE (2007)

4ème de couverture : Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...
J’avais tellement entendu parler de ce livre que je suis un peu restée sur ma faim.
L’idée est originale, réussir sa mort, parsemée de petites inventions comiques.
La famille Tuvache, qui vend la mort mais en fait également un mode de vie, m’a fait penser à la famille Adams : on souhaite aux enfants de beaux cauchemars avant qu’ils s’endorment, les chansons et les rires sont interdits…
Et puis arrive Alan, le petit dernier, joyeux, optimiste qui va n’avoir de cesse de changer leur vie en une vie heureuse. C’est assez étrange car jamais on ne sait ce qui se passe dans la tête de Alan. On le voit agir, parler, mais à aucun moment, l’auteur ne nous dévoile son état d’esprit.
L’histoire m’a un peu fait penser à de la littérature enfantine mâtinée d’humour noir : un début grinçant, puis les bons sentiments apparaissent, la joie de vivre gagne peu à peu les Tuvache.
Et puis le dénouement, inattendu, qui en 10 mots, prend aux tripes, a sauvé pour moi toute la saveur de ce roman ainsi que quelques très beaux passages, empreints de poésie :
« La puissance saisissante de son regard et le rayonnement ravagé de ses traces d’angoisse en dessous du bandage du crâne !... à l’extérieur dans la nuit, par les vitres de la petite fenêtre de sa chambre sombre, une publicité au néon l’éblouit soudain d’une lumière jaune, intense et folle. Les ombres de son visage deviennent alors verts très pâle et sa courte barbe maintenant rose semble peinte par touches de brosses disposées en étoile. Surexposé dans la clarté artificielle, il est aussi auréolé par les vibrations d’une incroyable passion autodestructrice. Les trois autres autour de lui ressentent avec émotion ce cri déchirant. La lumière change et devient rouge. Vincent, qui baisse la tête, paraît pris sous le souffle d’une bombe :
- Ce serait comme quand je rêve et que je me réveille, et que je me rendors et que je rêve encore toujours de la même féerie, du même décor… »