4ème de couverture : Incapable de se concentrer sur le dossier pourtant urgentissime qui attend sur son bureau, Cleo
ferme les yeux et tente de retrouver son calme. Tout cela, c'est la faute de ce Sean O'Sullivan qui vient de débarquer dans son bureau sans crier gare, affolant chacun de ses sens. Elle a
pourtant l'habitude de ce genre de séducteur arrogant, sûr de parvenir à ses fins, mais c'est comme si, devant cet homme si sexy, elle redevenait la jeune fille rougissante et frémissante de
désir qu'elle tente de cacher sous des tailleurs stricts depuis des années. D'autant que la proposition qu'il lui a faite l'a laissée sans voix. Car si cet homme est l'un des rares à pouvoir
l'aider à débloquer la situation dans laquelle elle se débat, le regard brûlant qu'il lui a lancé en lui offrant son aide ne laissait aucun doute sur la manière dont il attend qu'elle le
remercie...
Après avoir fait le test hautement scientifique tendant à déterminer quel collection
Harlequin était faite pour moi, j’ai suivi l’instinct (sûr) du site Harlequin et je me suis lancée dans la lecture de Audacieuse
Invitation.
En préambule, j’ai quelques remarques :
- Tout d’abord, suite au billet
de Karine :), je m’attendais à quelques descriptions plus ou moins crues mais non, rien de rien, déception absolue,
aucun membre turgescent, seulement quelques « toison virile », « odeur aussi subtile que
virile » (ben oui, c’est bien connu, les poils et les odeurs fortes, ça attire les filles comme des aimants le fer…) et quand même à un moment, l’héroïne sent « l’excitation de l’homme poindre contre son bas-ventre ».
- Cleo, qui est la
1ère adjointe au maire de New-York -n’oubliez pas ça, c’est très important pour la suite- porte « un manteau de cuir noir qui moulait à la perfection ses seins, ses hanches, ses
fesses ». Bon je ne suis pas la reine de la mode, mais il me semble que quand ça moule (ce n’est pas ajusté, non non ça moule) tout ça à la perfection, c’est limite une combinaison en latex
non ? Pas classe pour une 1ère adjointe au maire –vous n’avez pas oublié j’espère…
- Un chirurgien spécialiste du
rein parle de polynéphrite et de dialyse. Pas de chance, la polynéphrite n’existe pas, il s’agit de la pyélonéphrite, qui est une infection des voies urinaires et ne concerne pas les reins.
Quelle culture, me direz-vous ! Et oui, pas de chance, je connais car ma fille en a eu une. Il faudrait voir à faire un effort de recherche ou de traduction…
Maintenant, nous pouvons enfin passer à l’analyse proprement dite qui va s’axer en 2
approches différentes.
1ère approche
littéraire ou Comment Kathleen O’Reilly lutte de manière tout à fait subtile (et c’est tout à son honneur) contre la disparition du poncif…
Rappel : poncif → définition : banalité ; synonymes :
banalité, cliché, lieu, stéréotype
Dès la 2ème page, le but de l’auteur est clair, nous donner du poncif, de
la banalité à chaque page ou presque et elle rentre directement au cœur du sujet avec « Arrivé à son zénith, le soleil du désert devenait
brûlant. ». Avouez, on s’y croirait presque, le soleil au zénith, c’est beau, c’est presque du Gainsbourg…
Ensuite, nous avons droit à « la longue
chevelure rousse qui tombait en cascade ». Et bien oui, car les héroïnes Harlequin ne sont jamais mal coiffées, non non non, elles ont juste des cheveux qui retombent en cascade,
comme dans les pubs pour L’O-tûûûûût-al… Je m’attendais presque à voir surgir une chevelure « de feu » (car Cleo est rousse) mais c’est là
que l’auteure s’est montrée plus maligne que moi et elle évite finement l’écueil. En effet, elle nous parle du « triangle de feu » de
l’héroïne… Ne soyez pas choqués car notre héroïne est peu farouche et le beau mâle Harlequin va forcément voir son « triangle de
feu ».
Pour le reste des poncifs, laissez-moi vous dire si vous ne l’avez pas encore deviné
que notre Harlequinette a également « un visage de porcelaine », un « affriolant fessier en forme de
cœur » et bien entendu, des « yeux de biche ». Et que fait-elle de tous ces attributs ? Et bien, elle
« se consume de désir »… Évidemment, what else ?
Merci Kathleen O’Reilly, grâce à vous le poncif se porte bien et n’est plus du tout en
voie de disparition. Ouf j’ai eu peur !
Passons maintenant à la 2nde approche muy caliente (car c’est bien ce que
tout le monde attend non ?)
2nde approche
géopolitique ou Comment la quête de l’orgasme peut avoir de graves conséquences géopolitiques…
Je vous ai déjà dit que Cleo (l’héroïne) était 1ère adjointe au maire de
New-York ?
Alors donc notre héroïne occupe un poste important, 1ère adjointe au maire
de New-York. Vous voyez, c’est à peu près le poste qu’occupait Michael J. Fox dans la série Spin City, vous vous souvenez ? (oui oui celle
avec le chien suicidaire
)
Bref, Cleo a beaucoup de travail, un travail très très important puisque c’est
quasiment la 1ère chose qu’elle dit à ses interlocuteurs quand elles les rencontrent : Bonjour, Cleo Hollings, 1ère adjointe au maire de New-York… Je suis
toute-puissante, je peux vous faire arrêter quand je veux. Bref, elle a comme qui dirait un léger complexe de supériorité notre Cleo.
« Franchement, combien de femmes sont premières
adjointes au maire de New-York ? Aucune à part moi ! Je n’ai vraiment aucune raison d’être jalouse… »
Et en plus de ça, Cleo s’occupe de sa maman malade qui a Alzheimer. Ça c’est la petite
touche d’émotion. Enfin, elle s’en occupe, ça signifie pour Cleo payer très cher des garde-malades pour la journée, voir sa mère le soir entre 21h00 et 23h00 et refuser obstinément qu’elle soit
envoyée dans une maison où elle recevrait les soins adaptés.
Et c’est ici que le problème se pose : notre héroïne ayant un tempérament de feu
(oui je dédie ce magifique poncif à mon maître absolu dans ce domaine, j’ai nommé Kathleen O’Reilly, on applaudit bien fort !), cette vie d’ascète ne lui permet pas de donner libre cours à
sa sensualité et -je laisse ici la 1ère adjointe au maire de New-York s’exprimer elle-même- « tout ce dont elle avait besoin, c’était d’un bon
orgasme. »
Alors Cleo cherche, cherche très fort comment obtenir un orgasme (dans l’état de
désespoir où elle se trouve, j’aurais pu lui suggérer certains petits canards vibrants très en vogue mais bon, apparemment, ça n’existe pas à New-York).
Alors quand elle rencontre Sean O’Sullivan (petit aparté : encore une fois le
talent des Harlequins pour nous faire comprendre subtilement à qui on a affaire est flagrant… avec un nom pareil, on sait de suite que notre homme est d’origine asiatique évidemment
, bref, il est donc d’origine irlandaise et son frère tient un pub, tiens saluons le retour du poncif…), donc je disais quand elle
rencontre Sean O’Sullivan, elle pense avoir trouvé la solution car il est poilu et il sent fort (voir plus haut) et que tout ça est signe de virilité, c’est bien connu.
Alors comme de bien entendu, elle lui plait, il lui plait et ils vont donc
s’embrasser : « Elle était déjà au bord de l’orgasme, conquise». Oui, juste après un baiser, quand
elle nous disait qu'elle en avait besoin, elle n'exagérait pas, notre Cleo ! Sean devient donc l’homme idéal, parfait « pour ce qu’elle
recherchait : un orgasme digne de ce nom » « car elle sentait déjà monter en elle les prémices de l’orgasme qu’elle espérait depuis si longtemps».
Et pendant environ 130 pages, elle va courir après l’orgasme (je pense que c’est le
nom commun qui revient le plus dans ce roman, environ une fois toutes les 2 pages) incarné en la personne de Sean : « Le fantasme ambulant s’était mû
en orgasme ambulant. Désormais, il était son fantasme, son orgasme attitré».
Mais tout cela lui faire perdre un peu sa concentration à la magnifique Cleo et manque
provoquer un incident diplomatique (oui car elle occupe un poste important, vous savez ? vous l’avez oublié ? je vous rafraichis la mémoire ? elle est …………………… 1ère
adjointe au maire de new-York !!!).
« Lors de la conférence de presse au côté du
président du Salvador, hier, elle avait tout simplement oublié son nom. Autant dire que les relations Amérique-Salvador risquaient d’en pâtir durant un certain
temps… »
Mais comme cette situation ne peut pas durer, on est dans un Harlequin, que
diable ! Où est l’amour là-dedans ? A la page 133, enfin, ils commencent à parler (pour de vrai car ils sont dans un café et qu’il y a du monde, pffff la lose, ils ne peuvent même pas
se bécoter), «pour une fois, ils devraient se contenter d’une conversation normale». Et puis bien entendu, ils
tombent follement amoureux, ils se marient et ils ont plein de petits orgasmes (enfin petits, manière de parler, ils durent quand même plus de deux
minutes, si, si véridique !).
Et pour la fin, je vous laisse méditer sur cette phrase de
l’auteur :
« Sean plongea une dernière fois en elle en
sanglotant. » (en sanglotant, excusez du peu, finalement, elle vaut le coup, la 1ère adjointe au maire de New-York).
Vous l'avez dit