Bienvenue au club par Jonathan COE (2001)

Publié le par Restling

4ème de couverture : Imaginez ! L'Angleterre des années soixante-dix, si pittoresque, si lointaine, avec ses syndicats prospères et sa mode baba cool. Une image bon enfant que viennent lézarder de sourdes menaces : tensions sociales, montée de l'extrême droite, et une guerre en Irlande du Nord qui ne veut pas dire son nom.

Mais dans ces années où l'État-providence laisse place au thatchérisme, Benjamin, Philip, Doug et leurs amis ont d'autres choses en tête : s'intégrer aux clubs de leur lycée, oser parler aux filles, monter un groupe de musique, s'échapper de Birmingham l'endormie pour des aventures londoniennes... Trop innocents pour saisir les enjeux et les intrigues qui préoccupent leurs parents. Jusqu'à ce que le monde les rattrape.

Dans ce roman foisonnant, qui comportera une suite, Jonathan Coe renoue avec la veine de Testament à l'anglaise, usant de tous les styles, entremêlant en virtuose récits et personnages, tirant d'une main experte tous les fils du destin, pour nous offrir à la fois un roman d'apprentissage nostalgique, et le tableau ample, grave et lucide d'un pays en pleine mutation.


Ça y est, je fais dorénavant moi aussi partie des adeptes de Mr COE !

Bienvenue au club a été un vrai coup de foudre littéraire pour moi. Jonathan COE a l’adjectif facile et adroitement placé, l’ironie mordante, l’humour subtil et un style qui, au final, me laisse béate d’admiration.

Et encore, je n’ai lu que la traduction, j’ose à peine imaginer ce que ce doit être de lire la « version originale » (ça se dit pour un livre ? ) !!!

Le récit est construit de manière plutôt originale puisqu’il nous est fait en 2003 par deux adolescents qui se trouvent être la fille et le fils de deux des protagonistes de l’histoire.

Il s’appuie donc sur des souvenirs racontés à ces adolescents par leurs parents, mais aussi sur des articles du journal lycéen de l’époque, des extraits de journal intime, parfois quelques flashbacks ou flashforwards (je viens juste d’apprendre le terme alors je le ressors ).

Au delà de ce style sans faille et de la construction inhabituelle du récit, Jonathan COE nous offre une chronique des 70’s en Angleterre, du bouleversement du pays à cette période, au travers de personnages savamment choisis : les élèves du lycée King William, « une méritocratie, et non un bastion des privilèges » selon son proviseur, une « putain d’école pour gosses de riches » selon un ouvrier employé par l’usine voisine.

Font ainsi partie du tableau : le fils du responsable du personnel de la même usine, un élève boursier fils de syndicaliste, l’unique élève noir du lycée dont les parents se saignent aux quatre veines pour lui offrir cette éducation, le comique de service, quelques élèves racistes qui ont même fondé un club très fermé…

En traversant à leurs côtés cette période délicate qu’est l’adolescence, en côtoyant les problèmes personnels de leurs parents, en percevant leur ressenti face aux changements politiques, sociologiques de leur pays, le lecteur peut prendre l’entière mesure de cette époque agitée.

« Finalement, on en revient toujours au langage. Si on contrôle le langage, on a le pouvoir. Enfin, un certain pouvoir. »

Rajoutez à cela que les ados sont extraordinairement attachants, avec les préoccupations amoureuses, artistiques, et parfois même politiques liées à leur âge, les doutes bien naturels quant à leur avenir, que l’auteur nous offre un épilogue pour le moins sibyllin et qu’il nous promet une suite…

Mon dernier mot sera : « Vite vite la suite ?!? ». (j’ai vu qu’elle était disponible à la bibliothèque )

 

Quelques extraits qui m'ont mis le sourire aux lèvres :

 

« Elle faisait allusion à L’Alchimiste de Ben Jonson, dans une mise en scène de M. Fletcher dont l’ennui dévastateur avait, trois soirs d’affilée, plongé un auditoire de parents, confits d’admiration devant leur progéniture, dans une catatonie quasi comateuse. »


« Puis venaient les steaks, calcinés avec une précision d’orfèvre tout en demeurant identifiables à l’œil exercé du gourmet »


« Et lorsqu’il apprit l’horrible vérité, il suffoqua, atterré. C’était bien pire que tout ce qu’il avait pu imaginer.

Benjamin avait oublié son maillot de bain. »

Publié dans Romans

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C
J'ai essayé il y a quelques années La maison du sommeil, et récemment, What a carve up!, et je me suis ennuyée à mourrir... Coe n'est définitivement pas pour moi.
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R

Ah dommage ! Mais bon, les goûts et les couleurs parfois...


T
J'hésite à le lire car j'ai moyennement aimé Testament à l'anglaise mais ton billet m'encourage à persévérer.
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R

Ah zut alors... Je vais aller voir si tu as fait un billet sur Testament à l'anglaise.


R
Dans ma PAL depuis un petit moment mais toujours pas lu! Heureusement, ton billet donne envie, je souligne donc!
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R

Oh oui, il vaut vraiment le coup ! Je ne suis pas encore revenue de l'admiration que j'ai ressenti devant son écriture.


F
Un très chouette auteur !
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R

Oui ! J'espère qu'il va continuer à m'enchanter !


B
De Jonathan Coe, j'ai beaucoup aimé "La maison du sommeil", un peu moins "Testament à l'anglaise"... et je note celui-ci pour la suite ! ;-)
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R

Pour moi, c'était une découverte qui s'est transformée en révélation...