Seul dans le noir par Paul AUSTER (2008)

Publié le par Restling

Seul dans le Noir
4ème de couverture : "Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain." Ainsi commence le récit d'August Brill, critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad... Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 Septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire. En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la "catastrophe" d'une fiction qui abolit les lois de la causalité, Paul Auster établit, dans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.

Fascinant ce dernier AUSTER.

En moins de 200 pages, Paul AUSTER regroupe tout ce que j’ai aimé jusqu’à présent dans ses romans, mais sans donner d’impression de déjà-vu : des histoires dans l’histoire, des personnages en reconstruction suite à un deuil ou une séparation, un attachement fort et sincère entre les protagonistes.

En une nuit d’insomnie, August Brill, en convalescence chez sa fille, nous fait partager tout ce qui se bouscule dans sa tête lors de ces heures perdues où il reste « seul dans le noir ».

La 1ère partie du roman est en grande partie consacrée à l’histoire née de son imagination : Owen Brick est soudain tiré de sa paisible et heureuse vie dans l’Amérique que nous connaissons aujourd’hui pour se retrouver dans une Amérique parallèle où le 11 Septembre n’aurait jamais existé mais qui serait en proie à une terrible guerre civile. Son destin dans ce monde parallèle : tuer August Brill car la guerre civile est le produit de son imagination.

L’imaginaire rejoint ainsi la réalité et provoque chez le lecteur un effet troublant assez agréable.

Il m’a semblé déceler de l’envie de la part de August Brill envers sa création, envers le bonheur tranquille de celui-ci car de son côté, la guerre a pénétré dans sa vie et dans sa tête et il ne peut pas revenir en arrière :

« Et c’est ainsi que naviguent Brick et Flora dans leur rien conjugal, cette petite vie qu’elle l’a persuadé de reprendre avec le bon sens d’une femme qui ne croit pas en d’autres mondes, qui sait que seul existe ce monde-ci, dont les routines abrutissantes, les brèves chamailleries et les soucis financiers sont un élément essentiel, et qu’en dépit des maux, de l’ennui et des déceptions, jamais nous ne serons plus près de voir le paradis qu’en vivant dans ce monde. »

« Mon sujet, cette nuit, c’est la guerre »

« Histoires de guerre. Baissez la garde un instant, et elles se ruent sur vous, l’une après l’autre après l’autre. »

La 2nde partie du roman retrace un dialogue entre le narrateur et sa petite fille qui a elle aussi trouvé refuge chez sa mère.

Cette conversation force August Brill à affronter son passé, à revenir en arrière et à s’arrêter à la fois sur ses erreurs et sur les moments heureux vécus en famille.

Comme souvent chez Paul AUSTER me semble-t-il, la reconstruction ne se fait pas seul mais à plusieurs et ici, ce sont 3 générations : le grand-père, la fille, la petite-fille, qui vont se soutenir afin de se tirer mutuellement vers le haut.

Cette partie du livre fait la part belle au questionnement bien humain sur les choix que l’on fait, les chemins que l’on emprunte, mais aussi et surtout les conséquences directes ou indirectes de nos actes et la part du destin dans nos vies.

Et comme Paul AUSTER, je laisserai le mot de la fin à Rose Hawthorne, poétesse « médiocre […] à l’exception d’un seul vers » :

« Et ce monde étrange continue de tourner. »

 

« Pourquoi je fais ça ? Pourquoi cette obstination à parcourir encore ces vieux chemins rebattus, ce besoin de tripoter de vieilles plaies et de les faire saigner à nouveau ? Il serait impossible d’exagérer le mépris que je ressens parfois pour moi-même. […] Qu’on me donne mon histoire. C’est tout ce dont j’ai besoin, désormais – ma petite histoire pour éloigner les fantômes. »

Publié dans Romans

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P
J'ai adoré la première partie ! Quelle imagination chez Auster, mais aussi quel sens de l'actualité. Tout sonne juste... Ah, moi aussi je l'aime d'amour !
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R

Hihi, vous allez vous faire de la concurrence !!! (bon ok moi aussi je l'aime )


L
C'est drôle, j'ai l'impression d'être la seule à avoir aimé ce moment de la conversation (début du livre) entre Brill et Katya, ils visionnent films sur films et cela les amène à s'interroger sur l'importance des objets comme vecteurs de l'émotion. J'ai beaucoup aimé ce moment du livre, comme j'ai beaucoup aimé les confidences nocturnes à la fin du livre.
Mais je suis très amoureuse de Paul Auster et il ne le sait pas.
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R

J'ai bien aimé ce passage aussi, ça m'a beaucoup fait penser au Livre des Illusions, mon 1er Auster.
Et tu n'as pas pensé à lui envoyer un mail pour lui dire que tu l'aimais ?


L
Si je dois commencer par lire du Paul Auster ce sera par celui-ci ou Dans le scriptorium!
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R

J'ai trouvé les 2 très différents et j'ai préféré celui-ci. Dans le Scriptorium m'a un peu "désarçonnée"...


M
J'ai lu il y a quelques jours Dans le Scriptorium (j'ai beaucoup aimé) et j'ai vu dans l'ensemble de très bonnes critiques pour "Seul dans le noir". Je le découvrirai dès qu'il sera sorti en livre de poche...
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R

J'admire ta patience !!!


R
Celui-ci est dans ma PAL, j'aime beaucoup Auster et je suis sure de ne ps être décue. Je vais le remonter au dessus, ton billet donne envie de s'y plonger! Biz
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R

Tu as bien raison de le remonter sur le dessus, il vaut vraiment le coup !
Bonne fin de week-end (snif). Bizzz